Ombre chinoise

En manque d'inspiration.

Quo non ascendet ? Où ne montera-t-il pas ? Clin d’oeil à la devise de l’ami Fouquet.

Longtemps j’ai douté. Une galéjade lancée par les jardiniers ? Et, un jour, je me suis mise à croire… Là, traversant le parc à vive allure : panache roux sur l’herbe verte. Un instant, il a disparu dans les parterres pour jaillir le long d’un tronc. Impossible de le rattraper ! Il le sait et, à quelques mètres au-dessus de ma tête, il fait le beau. Clac, je l’ai pourtant eu, alors il s’est échappé loin vers le ciel. Avant de revenir sur terre entre ombre et lumière. Ou l’inverse. Tout dépend du contexte.

Publicités

Plus de 4 tonnes de fer forgé… mais quelle légèreté !

Comme moi, imaginez 168 arceaux venant s’encastrer dans autant d’assises de pierre de Bourgogne taillées et martelées à la main… Un terrain nivelé au centimètre près ou presque (vivent le GPS et l’altimètre électronique !), couvert d’une fine pelouse tondue régulièrement avec méticulosité par les jardiniers depuis l’été. 168 arceaux formant une croix avec, en son centre, le bassin et sa fontaine Renaissance…

Il y a le beaujolais… et les arceaux nouveaux. Aériens pourrait-on également dire, et ce n’est pas seulement un effet d’optique…

Mais revenons quelque temps en arrière : imaginez encore ce même lieu, vous l’aurez deviné, les vergers-potager conservatoires clos de murs formant un parallélépipède échappant au sinistre nord pour capter une parcelle de soleil au cours de la journée… Ses murs tristes et nus avec quelques malheureuses tiges de fer, rappelant une époque florissante en train de rejaillir. Des vieux pommiers bons à être tronçonnés, en une haie somptueuse à la floraison mais si tristes par la suite…

Et voici que les arbres en espaliers renaissent le long des murs ragaillardis, le bassin du jardinier rayonne d’éclats lumineux au gré de la partie de cache-cache entre soleil et nuages, et les pommiers en fleurs se métamorphosent en arceaux prêts à accueillir de nouveaux fruitiers encore et toujours, de ces variétés anciennes et peu répandues que l’on est impatient de voir prendre possession des lieux.

Imaginons une flânerie par une belle journée, lumineuse et gaie, à bondir d’un arceau à l’autre, à se pencher pour observer des bourgeons prometteurs et respirer de doux effluves de roses et autres fleurs alentour. Eh bien, parole d’une Parisienne, cela ne saurait tarder.

Allons voir si la rose…

Par une belle journée d’automne… Mignonne…

Délicates roses qui bravent élégamment les premiers froids. N’en déplaise à Ronsard, elles resplendissaient hier déjà et demain vraisemblablement encore… Visages fragiles qui se dressent sur le chemin de la chapelle, guides momentanés vers un idéal de beauté… Blancheur des pétales et de la pierre, rehaussée d’une délicate lumière. L’automne regarde vers l’hiver en lui faisant les yeux doux.

Insoutenable légèreté ?

Dans les vergers-potager de Montigny à la rosée.

Telle l’araignée tissant sa toile, le château de Montigny recrée un écosystème où les vieilles pierres du corps de logis et de la chapelle renaissent en même temps que les fruits poussent dans le verger conservatoire ou la chambre de chaleur, les allées se fleurissent, les écureuils se coursent, les canards barbotent, les cygnes glissent le long des douves, la volière sonne le réveil, le parc se met à l’heure anglaise, l’orangerie échafaude des expositions… Légèreté tout apparente de la toile alourdie de gouttes de rosée, masquant tout en révélant l’oeuvre en devenir de Montigny.

Comme si vous y étiez

Les hérons du Japon se sont acclimatés à Montigny.

Les hérons du Japon se sont acclimatés à Montigny.

Quelle gageure ! Evoquer la métamorphose continuelle du château de Montigny sans être sur place… Drôle d’idée me direz-vous : elle n’est pas de moi donc je suis d’accord avec vous. Cela ne m’empêche pas pourtant d’évoquer ici le lieu comme si vous y étiez, tout en n’y étant pas moi-même. Vous suivez toujours ? Bon, alors je compte sur vous pour étoffer mon propos du moment quand il se réduira à peau de chagrin, mais surtout pour venir apprécier régulièrement ce don d’ubiquité que je ne soupçonnais pas posséder jusqu’à ce jour : je n’y suis pas mais j’y suis quand même !